Le tout réside dans une plaie qui n'est pas réellement refermée. C'est assez oppressant car il suffit d'une note de musique ou de l'onde d'un parfum pour qu'elle s'ouvre, qu'elle saigne fort, qu'elle brûle le reste. Le tout, la totalité de ce que l'on pourrait appeler ''L'ébranlement'' surgit toujours lorsqu'il fait froid et qu'il est très tôt ou très tard. Sûrement à cause de la valeur extrême de ces deux instants de la journée. L'ébranlement est nu mais brutal. Il n'a aucun scrupule et se saisit de moi comme si je n'étais qu'une simple poupée de sang. Je suis à sa merci et c'est bien ça le problème. La nuit parait alors plus longue, le trajet plus difficile, le corps plus lourd, la vue plus floue. Plus rien ne me touche, indesctructible mais insensible, inébranlable puisqu'officieusement ébranlée. Comme une mise en abyme de ma propre psychée, comme si je savais que je ne savais pas. Il suffit d'une note de musique ou de l'onde d'un parfum pour qu'elle s'ouvre. Il suffit d'enclencher le mécanisme pour que je tombe dans la vibration la plus infâme, la plus nostalgique, la plus ingrate qu'il soit. Quelques personnes arrivent à percer le mystère, d'autres le prennent pour une schyzophrénie latente qui ''ne fera que s'affirmer au fil des années''. Le tout est ancré en moi, il a toujours été là... C'est la faille souveraine. Chacun en a une. Chacun la cache et se niche dans un coin, en attendant que la douleur , à différent degré, perce et passe. Mais, objectivement, cet ébranlement intérieur, tonnerre sensible et plus ou moins détestable, peut etre un moyen d'éveil, de réveil même. La plaie témoigne d'une chose : paradoxalement, je ne souffre plus vraiment, puisque je souffre d'avoir oublié ce qui me bouleversait. Je souffre de ne plus aimer les mêmes personnes, je souffre d'avoir oublié l'atmosphère des dimanches à Senlis que je haïssais mais qui m'apportaient cette réfléxion sur moi-même utile et importante. Je souffre d'avoir oublié les paroles de certaines chansons, je souffre d'avoir oublié son sourire, son vrai sourire j'entends, pas le faux qui cache sa faille, justement. Je souffre d'avoir perdu, oublié, tout ce qui me rendait vivante et troublée, ce qui m'intriguait tellement pendant ces dernières années, ce qui me bouleversait, ce qui me rendait jalouse et envieuse, ce qui m'empêchait de dormir. Je souffre d'avoir oublié ce qui me transcendait vers la chute. Masoschisme explicite ou simple nostalgie de la période ou l'on se prend une balle dans le coeur à chaque fois que l'on fait un pas? Ca revient presque au même. Tout ce que je sais...C'est justement que je ne sais plus. Je souffre mais cette souffrance me guide vers quelque chose de neuf, de brillant, d'étincelant. Oublier pour ouvrir les yeux. Comme une transition qui paraîtrait perpetuelle, ma faille à moi est éphémère même si indéfinissable. La seule chose qui me paraît sure dans ce charabia et que, au final, cette faille là ne sera plus ma faiblesse, mais deviendra peu à peu ma force...




