Rosemary's Baby a la silhouette du diable. Il a plus de 40 ans, il est esthétiquement très banal, mais son son est grinçant son histoire dérangeante. Rosemary's Baby n'est pas une prouesse de Polanski, ce n'est pas son Chef d'oeuvre, comparé à un Chinatown brillant, par exemple. C'est un film qui met mal à l'aise surtout si vous êtes issue du sexe féminin comme moi. Parce qu'il remet en question et titille avec une plume aiguisée votre "instinct maternel''. Effectivement, c'est là où se situe le génie de Polanski : l'histoire est peu vraisemblable mais elle nous relie toutes, elle nous relie dans l'angoisse, dans le frisson, dans la détresse et la panique. Elle nous relie dans le ''qu'est ce que je ferais à sa place si je devais sauver la chair de ma chair''. Aucune fille - à moins d'être camionneuse tueuse d'enfants - sourira ou rira face à une Mia Farrow mutine et enceinte, resplendissante de vérité, si bien que chacune se retrouverait en elle. John Cassavetes? Pas de miracle, cet homme est une bombe humaine et intellectuelle. Lui aussi crève l'écran et joue parfaitement de son ambiguïté, puisque justement il fait tout pour la cacher et y parvient avec brio : la fin nous plante un petit couteau là où ça fait mal, mais pourra très bien réjouir les adeptes du genre. Rosemary's Baby est destiné à un public averti, mais ce dernier trouvera dans ce film tout ce dont il a envie : angoisser, attendrir, paniquer et gêner sont surement les verbes qui décriront le mieux cette fresque d'une chaleur dérangeante, aux couleurs pâles et prônant une violence nouvelle.



